# 3 Si par une nuit d’hiver, tu ouvrais ce billet sur Italo Calvino
- Pierre Bellerose

- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Te voici installé devant ce billet de ce blogue, et avant que nous plongions ensemble dans la description du roman d’Italo Calvino, laisse-moi te raconter un peu d’où vient cette découverte. Dans une période ancienne de ma vie, il y a très longtemps (bien-sûr au XXe siècle!); j’ai eu une co-locataire bizarre mais attachante qui avait trois passions dans la vie: le pianiste Erik Satie ainsi que les écrivains Paul Léautaud et Italo Calvino (surtout son roman Si par une nuit d’hiver un voyageur). Ma co-locataire sortait rarement de notre grand app. de la rue Gilford (sur le Plateau Mont-Royal), entourée des œuvres de ses trois artistes favoris. Elle avait un piano dans notre salon et jouait presqu’uniquement que du Satie.

Inévitablement, j’ai bien fini par côtoyer ses trois artistes (même si je n’ai pas encore lu Paul Léautaud). J’ai donc « visité » la première fois Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino avec Satie en sourdine. Les premières lignes du roman de Calvino m’ont tout de suite accrochées (et c’est bon signe!) :
« Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Écarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t’entoure s’estomper dans les vagues. La porte il vaut mieux la fermer; de l’autre côté la télévision est toujours allumée. »
Drôle d’entrée en matière n’est-ce pas? Le personnage principal de ce livre n’est autre que, toi, le lecteur.
C’est un roman un peu particulier : Il prend par la main le lecteur et il te fait commencer une histoire. Puis cette histoire s’interrompt et t’en présente une autre, puis encore une autre. Au fil des pages, tu suis un lecteur et une lectrice qui essaient de retrouver la suite de ces récits interrompus.

Ce n’est pas compliqué ou intellectuel, c’est plutôt comme une aventure de lecture, où chaque livre en cache un autre. En gros, c’est un jeu littéraire qui te fait voyager de début en début, sans jamais s’arrêter vraiment sur une fin. Et c’est ça qui est amusant : tu te laisses porter par le livre, un peu comme une promenade littéraire.
Dévoré par l’envie de lire la suite, tu pars à la recherche d’un autre exemplaire de l’œuvre en question mais chaque fois tu tombes sur un livre différent dans lequel tu te plonges avant d’être à nouveau interrompu. Au fil de l’histoire, tu va rencontrer une Lectrice qui a le même problème que toi. Votre quête vous fera découvrir le monde du livre sous toutes ses coutures et aussi l’existence d’un mystérieux complot de falsification littéraire.
Succession de débuts d’histoire et évolution de la relation entre le Lecteur et la Lectrice. Frustrant de ne pas connaître la suite de tous ces débuts? Oui et non car Calvino nous en donne les clés de compréhension. Vraiment prodigieux: ces débuts d’histoire sont comme des miroirs et Calvino s’en explique: « C’est mon image que je veux multiplier. Non point par narcissisme ou par mégalomanie, comme on pourrait trop facilement croire; au contraire, pour cacher, au milieu de tous ces doubles illusoires de moi-même, le vrai moi qui les fait se mouvoir. »
De ton côté cher lecteur, tu as la chance de lire un roman d’un des plus grands auteurs
italiens du XXe siècle. Italo Calvino (1923-1985), figure incontournable de la littérature mondiale qui est aujourd’hui reconnu pour la finesse et l’inventivité de son œuvre.
La France ne s’y est pas trompée: il a fait son entrée dans la prestigieuse collection de La Pléiade (en 2024), ultime consécration littéraire. Ce n’est donc pas un hasard si tu ressentiras, un jour, en tournant les pages d’Italo, l’étrange impression de vivre quelque chose d’unique. Ce livre n’est pas seulement un roman, c’est une expérience, offerte par un écrivain au sommet de son art.



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