#2 Ma passion selon Victor-Lévy Beaulieu
- Pierre Bellerose

- il y a 2 jours
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Victor-Lévy Beaulieu, écrivain québécois, est mort le jour de ma fête, le 9 juin, l’été dernier. Il avait 79 ans. Cela m’a affecté plus que je ne l’aurais pensé. À une certaine période de ma vie, à partir du milieu des années 80, cet écrivain m’a réellement « habité ».
J’ai « rencontré » Victor-Lévy Beaulieu avec la lecture de son essai Entre la sainteté et le terrorisme, publié chez VLB Éditeur à l’automne 1984. Au fil des 492 pages de ce livre-essai, il exposait déjà sa grande quête littéraire, une quête où la démesure transpirait à grandes gouttes.

Sa prose et cette passion m’ont aspiré, littéralement, dans l’univers de VLB. Je commençais une maîtrise en économétrie après mon bac à l’UQAM, mais tout ça ne m’inspirait guère. Je sortais d’une relation difficile, le contexte était bon, je cherchais un exutoire. Ce fut VLB.
Quand j’écris aspiré, c’est bien aspiré. Après Entre la sainteté et le terrorisme, j’ai abandonné ma maitrise et j’ai lu tous ses romans, ses essais, ses écrits, en séquence, sans arrêt, presque jour et nuit, de la première œuvre publiée (Mémoire d’outre-tonneau) à la plus récente. Pendant trois mois, je n’ai rien fait d’autre que de me baigner dans l’univers de Victor-Lévy Beaulieu.
Et VLB en a écrit des livres. En 1985, il y en avait déjà plus d’une trentaine. À la fin de sa vie, une centaine. Autant de livres que d’années vécues, disait-il dans une vieille entrevue, comme pour apprivoiser le vertige que provoque une œuvre aussi imposante et singulière.
Car son œuvre est colossale. Elle est démesurée. Elle s’impose d’emblée par sa masse, par cette accumulation ininterrompue de titres qui couvrent tous les registres de l’écriture: romans, théâtre, essais critiques et polémiques, téléromans, scénarios, témoignages, chroniques, et même, à la toute fin, de la poésie. Sur le plan purement quantitatif, elle domine largement la production québécoise contemporaine, tous genres confondus. Mais surtout, elle procède d’une ambition presque unique dans notre histoire littéraire: un projet d’écriture globalisant, total, qui ne cherche pas seulement à raconter des histoires, mais à embrasser le monde, la langue et le Québec dans un seul grand geste.
En 2025, on parle d’une bonne cinquantaine de romans, d’une douzaine d’essais, d’autant de pièces de théâtre, d’adaptations télévisuelles comme Race de monde et L’Héritage, et de téléromans comme Montréal P.Q. et Bouscotte. En soixante ans, Victor-Lévy Beaulieu a bâti une œuvre monumentale profondément liée à l’évolution culturelle du Québec.
Cette exploration passe d’abord et avant tout par le langage. Écrire, pour lui, c’est aller plus loin que le langage courant, c’est construire. « Dans l’écriture, il y a la vision des choses, le regard, la critique. » Et, citant Jean-Paul Sartre, il parlait de l’écriture comme d’un matériau total. Dans une œuvre, tout est déterminé par l’écriture, par la langue.
Mais mon plus grand plaisir de lecteur demeure les essais littéraires de VLB. J’ai lu ceux sur Hugo (Lévy Beaulieu a ajouté le prénom Victor très tôt dans sa vie), Tolstoï, Kerouac, Melville et Ferron. MomnLes essais de VLB sont réellement uniques. Ils témoignent de son inépuisable curiosité, de sa mémoire prodigieuse, de son audace intellectuelle.

Dans ce régistre, la trilogie Monsieur Melville (1998-2000) de Victor-Lévy Beaulieu est exceptionnelle et est une des oeuvres favorites du XXe sicle; tout auteurs confondus. VLB ne se contente pas d'analyser l'auteur de Moby Dick, il s'identifie à lui, vivant littéralement avec lui pour ressentir la noirceur, l'aliénation et le désastre de sa vie. C'est une œuvre "totale" qui fusionne biographie, essai et fiction, redéfinissant le rapport à la création littéraire. La photo montre l'édition originale. Le tout a été republié à plusieurs reprises. À lire absolument!
VLB est maintenant parti et une partie de ma vie de jeune adulte aussi.



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