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La passion amoureuse d'Albert Cohen: le plus grand roman du XXe s. ?

  • Photo du rédacteur: Pierre Bellerose
    Pierre Bellerose
  • il y a 5 heures
  • 3 min de lecture


Mon 5e billet de ma série de mes 20 romans favoris du XXe siècle qui relate ma relation avec 20 romans du XXe siècle portera cette fois-ci sur un très long et troublant roman d’Albert Cohen, Belle du Seigneur.


Il fait suite aux quatre premiers textes que j’ai écrit dans le cadre de cette série, toujours par ordre alphabétique :

  1. Les Robots d’Isaac Asimov

  2. Entre la sainteté et le terrorisme de Victor-Lévy Beaulieu

  3. Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino

  4. L’Étranger d’Albert Camus


#5 Albert Cohen ou le roman de l’homme qui fut jeune…

Je ne sais trop comment débuter ce texte. C’est pourquoi je fais tout plein d'autres choses depuis 2 mois pour attendre l’inspiration. En attendant qu’Albert Cohen (1895-1981) m’inspire un texte adéquat… mais ça ne vient pas. Je ne vois tout simplement comment on peut aborder Belle du Seigneur d’Albert Cohen. C’est un peu plat de rapporter que pas mal de monde dit dans pas mal de pays et dans toutes les langues qu’il s’agit de la plus grande œuvre littéraire romantique du XXe siècle. J’en suis aussi convaincu mais ce n’est pas très transcendant comme phrase!



Comme le roman parlé de l’auteur Albert Cohen. Cet homme qui a été longtemps diplomate dans la Genève d’après-guerre était aussi un écrivain respecté mais peu connu. En 1968, âgé de 73 ans, Albert Cohen publie en France un roman-fleuve de 1 110 pages de passion-torride intitulé Belle du Seigneur. La critique en parle peu… En pleine révolution étudiante, raconter un amour passionnel entre deux aristocrates genevois… le timing n’était pas bon. Le roman n’eut qu’un succès d’estime. Puis 10 ans passe et il y a le 23 décembre 1977… Bernard Pivot, dans son émission Apostrophes, laisse parler un vieil auteur de 82 ans de passion, d’amour et du temps où il fut jeune. Du jour au lendemain, Albert Cohen devient une grande vedette littéraire parisienne, on vend 200 000 copies de Belle du Seigneur en un an et le roman est traduit depuis dans une quinzaine de langues.


Au cœur de Belle du Seigneur, il y a la rencontre et la passion de Solal et Ariane. Solal, brillant diplomate à la Société des Nations, entreprend de séduire Ariane déjà mariée. De cette séduction naît un amour immense. Les deux amants veulent vivre leur passion dans un état d’intensité permanente, comme si chaque journée devait retrouver l’éblouissement des premiers moments. Ils s’isolent progressivement du monde et cherchent à préserver leur amour de tout ce qui pourrait le banaliser. Mais c’est précisément cette recherche de l’amour absolu qui devient leur piège. Cohen raconte ainsi moins l’échec de l’amour que l’impossibilité de vivre éternellement dans l’état amoureux. Et cette quête de l’absolu conduira peu à peu Solal et Ariane vers l’autodestruction.


Ma rencontre personnelle avec le roman date d'une vingtaine d'année sur simple recommandation d’un collègue de travail. Dès la lecture des premiers mots, j’ai compris que j’avais un grand roman entre les mains. La lecture d’Albert Cohen: tout simplement bouleversant! Si j’avais tout le temps du monde et proustien, je crois que je copierais à chaque jour une page de ce roman dans un grand cahier..


Il y a dans Belle du Seigneur un passage qui m’a particulièrement touché. Au chapitre 52 (sur 106), le récit de la passion de Solal et Ariane semble soudain interpeller le narrateur lui-même. Derrière cette voix, on devine Albert Cohen, l’homme vieillissant, qui regarde les jeunes aimer et se souvient de celui qu’il a été. Il se désigne alors, à plusieurs reprises, comme « celui qui fut jeune ». La grande histoire d’amour qu’il raconte devient ainsi le point de départ d’une méditation beaucoup plus personnelle sur le temps qui passe. Cohen se souvient des élans, des folies, de l’insouciance et de l’intensité des amours de jeunesse. Et une question magnifique surgit: lorsqu’on regrette un amour ancien, est-ce vraiment l’être aimé que l’on pleure ou plutôt celui que nous étions lorsque nous l’aimions? La nostalgie amoureuse devient alors nostalgie de soi, celle de l’homme qui fut jeune. Mais tellement bien écrit, ce fut parmi les plus belles pages de littérature que j'ai lues!


Aujourd'hui, la Belle du Seigneur a été vendu à plus de 2 millions d'exemplaires en français seulement. Il y a eut un film (mauvais) à partir de ce livre diffusé en 2012 que je n'ai jamais voulu vouloir. Je ne peux imaginer une version cinématographique...c'est un livre fait pour les mots, pas pour les images.


À lire sans faute!


 
 
 

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